« Tu as acheté cette merde deux cent mille francs ? »

Publié le par LV

 

Sur les conseils d’un ami j’ai regardé hier « Art » sur Internet.

La pièce (joué en 1994 à la Comédie des Champs-Élysées) n’est en effet pas disponible en DVD – dommage. Sur dailymotion le rendu de l’image est médiocre, mais la qualité du texte et le talent des acteurs a transcendé mon petit écran d’ordinateur portable !


 



Voilà comment débute la pièce :

Marc, seul.

MARC : Mon ami Serge a acheté un tableau. C'est une toile d'environ un mètre soixante sur un mètre vingt, peinte en blanc. Le fond est blanc et si on cligne des yeux, on peut apercevoir de fins liserés blancs transversaux.

 

Tout commence donc par l’achat de ce tableau monochrome blanc avec lequel s’engage un débat sur l’art contemporain. En effet, Marc pose les questions des limites de l’art conceptuel, de la peinture contemporaine, de son prix, du rôle de l’artiste contemporain (débat au cœur de mes réflexions actuelles…) :

 

SERGE : Tu ne t'intéresses pas à la peinture contemporaine, tu ne t'y es jamais intéressé. Tu n'as aucune connaissance dans ce domaine, donc comment peux-tu affirmer que tel objet, obéissant à des lois que tu ignores, est une merde ?

 

Cette problématique conduit ensuite Marc (Pierre Vaneck), Serge (Fabrice Luchini) et Yvan (Pierre Arditi) à s’interroger sur d’autres questions fondamentales : la beauté, la famille, la médecine, le mariage, l’argent … tout est remis en cause dans un dialogue à trois dimensions, où trois points de vue s’affrontent (le ça, le moi et le surmoi ?), dans lesquels le spectateur se retrouve forcément, et se perd en même temps.

 

YVAN : C'est logique, tu me demandes de deviner le prix, tu sais bien que le prix est en fonction de la cote du peintre...

MARC : Je ne te demande pas d'évaluer ce tableau en fonction de tel ou tel critère, je ne te demande pas une évaluation professionnelle, je te demande ce que toi Yvan, tu donnerais pour un tableau blanc agrémenté de quelques rayures transversales blanc cassé.


La situation est comique mais le ton y est parfois un peu grinçant.  

Après 80 minutes de spectacle : le tombé de rideau. Beaucoup de questions ont été posées, beaucoup de sujets abordés, mais aucune réponse, une seule certitude : l’amitié. On réalise donc que le vrai débat n’est finalement pas l’art ni ce tableau, mais bien l’amitié et ses fondements; une amitié, sincère et honnête entre trois hommes angoissés en quête de sens, perdu dans un espace vide, qui rappelle étrangement l’Huis Clos de Sartre.

 

 

"En arriver à de telles extrémités... Un cataclysme pour un panneau blanc... "

(Yvan à Serge)

 

 


Art de Yasmina Reza - la pièce aux 2 Molières

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Hugues 03/01/2010 17:04


Bonjour Léo!!!

Il me semble que nous avions parlé de cette pièce, mais c'était en octobre! Tu as dû en reparler avec un autre. Pour ma part, je l'avais vu monté par une troupe (très) amateur, ça me ferait très
plaisir de revoir la pièce jouée par des comédiens professionnels!!

Je suis très content d'avoir découvert ton blog (lien sur celui de Jeanne),