Une palette de Sèvres : une assiette unique

Publié le par Leonart



S'il est évident que les peintres disposent de palettes, il est moins connu que les artisans porcelainiers travaillent avec des inventaires de couleurs, comme l’exemple présenté ci-dessous.


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La palette de couleur est d’autant plus importante en porcelaine que passés au four les pigments se modifient, et souvent n’ont rien à voir avec les teintes posées avant cuisson.

L’autre particularité de ces couleurs à Sèvres est leur originalité et leur élégance. En effet les couleurs développées par la manufacture royale au XVIIIème siècle étaient uniques en Europe : du bleu lapis (1752) au renommé (mais mal nommé…) rose Pompadour (1757), en passant par célèbre bleu céleste crée pour Louis XV (1753), les créations artistiques suivaient les modes et les goûts de l’époque, pour
surprendre et de conquérir une clientèle qui demandait sans cesse à être étonnée et aimait la couleur.


La tâche du peintre consistait donc à créer des nuances inimitables par le travail des pigments et la maîtrise du four de cuisson, d’où la rareté de ces palettes, qui souvent étaient léguées de père en fils ou simplement détruites afin de garder les recettes confidentielles. De fait, il est très probable que chaque peintre ait eu sa propre palette. De nos jours, on ne connaît que trois exemplaires datant du XVIIIème siècle, les deux autres sont exposés au musée de Sèvres à Paris.




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Le travail des pigments puis de la peinture sur porcelaine était un travail minutieux et artisanal. La réalisation d’une palette comme celle-ci a sans doute demandé une semaine entière de travail à plein temps. En effet il fallait d’abord moudre les pigments pendant plusieurs heures, puis les mélanger à un fondant spécial qui prenait aussi un certain temps de préparation, enfin il fallait soigneusement dégrader chaque couleur à l’aide d’un pinceau très fin.


 

Détail d’une assiette à soupe « inventaire de couleurs » de Sèvres, circa 1770. Vendu chez Christie’s £23,300, 31 Mars 2008, lot 2.



Autre particularité de cette assiette-palette : le contour doréeut justement se demander pourquoi un peintre qui aurait passé une semaine pour dégrader toutes les couleurs aussi minutieusement se donnerait la peine de rajouter une dorure qui demande une troisième cuisson ? La réponse est inscrite au dos de l’assiette où se trouve la signature du peintre. Les deux L entrelacées sont la marque caractéristique des porcelaines de Sèvres, mais en dessous, les deux initiales VD sont la signature du peintre. Plusieurs spécialistes ont répertorié les signatures des différents peintres de l’époque grâce aux archives et documents conservés à la manufacture de Sèvres. Les initiales VD sont celles de Jean-Baptiste-Emmanuel Vandé. Dr.  Rosalind Savill dans son catalogue de la porcelaine de Sèvres (Londres, 1988, Vol. III, p. 1072) mentionne qu’il aurait été doreur puis peintre à la manufacture de 1753 à 1779, ceci expliquerait donc la frise dorée sur la palette.  Plus intéressant encore, avant d’entrer à la manufacture, Vandé était un peintre à l’huile !




 

Haute en couleur et chargé d’histoire, cette palette a été vendu £ 19,000 le 31 mars 2008 chez Christie’s à Londres et a été à l’origine de mon mémoire de Master sur les couleurs de la porcelaine de Sèvres au XVIIIème.

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Publié dans Objet d'Art

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